USEA vu par Sirine

Mon premier contact avec l’association USEA (« un stage et après? ») a eu lieu par le plus grand des hasards, lorsque monsieur Hafid m’a contacté pour me parler de celle-ci. J’ai alors tout de suite été convaincue et intéressée.

Revenant d’une année en Egypte, dans le cadre de mes études à Sciences po Lyon, j’ai été témoin des failles du système égyptien.  Ce dernier n’étant pas dans l’optique d’accorder sa chance à la jeunesse via l’éducation, j’ai compris alors l’importance cruciale de celle-ci. J’ai surtout vu cela lorsque j’exerçais l’emploi de professeur et que je parlais à des étudiants qui avaient des ambitions, qu’eux-mêmes ne croyaient pas réalisables. En France, la situation est certes bien différente, personne ne peut se permettre de le nier. Toutefois, on peut voir quelques similitudes et ceci est alarmant.

On se targue d’être le pays de la méritocratie, malheureusement c’est loin d’être exact. J’ai toujours pensé qu’il était indispensable que chacun se réalise dans son domaine de prédilection et le proverbe qui m’accompagne en permanence est « quand on veut, on peut ». Cette idée en théorie est vraie. La gratuité de l’éducation, de la faculté notamment, est un atout conséquent dans notre pays. Cela permet à toute personne, qu’importe son milieu social, d’avoir une opportunité. Mais en pratique, la réalité est toute autre. Avant d’arriver au stade universitaire, le parcours est semé d’embûches lorsque l’on vient de quartiers dits « défavorisés ». Beaucoup de jeunes sont freinés dans leur projet d’avenir, soit en raison d’une ignorance quant à l’éventail des possibilités qui s’offre à eux, soit à cause de propos tranchants qui les brident depuis leurs premiers pas dans le système scolaire.

Si je me permets d’émettre de telles critiques, c’est en connaissance de cause. En effet, si j’ai certes la chance de toujours avoir eu derrière moi des parents qui m’encouragent et qui m’ont montré l’importance des études, je sais pertinemment que cela n’est pas le cas de tout le monde. Ayant suivi une partie de ma scolarité dans un établissement de zone d’études prioritaires, j’ai été témoin d’événements qui m’ont scandalisées, que ce soit à mon encontre ou à celle des autres. Ainsi je me suis trouvée face à des interlocuteurs de l’Education Nationale qui m’ont déclaré « en suivant cette voie, tu ne réussiras à rien », « la prépa est beaucoup trop compliquée pour toi, tu t’effondreras au bout de quelques mois, si ce n’est semaines »… Si ces dires, d’une dureté sans pareil, ont eu un impact moindre sur ma personne, car j’étais soutenue par ma famille, on ne peut alors ignorer leur influence adressée à un autre public. Quelle peut être la réaction d’un jeune des quartiers « défavorisés » qui n’a pas un entourage derrière lui pour le soutenir? La situation de cet étudiant n’est pas la même qu’un autre. Il se retrouve face à des personnes qui loin d’avoir foi en lui et l’aident, le rabaissent et rendent sa tâche plus compliquée. L’égalité des chances en France, aujourd’hui, a un long chemin à parcourir avant d’être un principe dont on pourrait se vanter.

Pour ma part je ne peux l’ignorer notamment car autour de moi j’ai vu des amis, des camarades, ne pas tenter la réalisation de leurs rêves, alors qu’ils en avaient les capacités. C’est dans ce sens que la méritocratie perd alors toute sa réalité. « Quand on veut, on peut » certes, mais n’y-a-t-il pas des limites? Si le système éducationnel ne rempli pas son rôle de soutien et est hostile à certains, tous les étudiants peuvent-ils atteindre leurs ambitions? Nous sommes tous témoins, plus ou moins directement, de ce type de comportements et des résultats désastreux qui s’en suivent et impactent notre société. Pourtant que faisons-nous contre cela?

Quand alors j’ai entendu parler de l’association USEA j’y ai vu une chance de participer, à ma modeste échelle, à l’amélioration de cette situation et peut-être aussi à la réalisation du principe méritocratique. Je suis aujourd’hui dans un institut d’études politiques et j’ai l’opportunité de pouvoir côtoyer un public plus large que ne pourrait le faire un élève de troisième d’un quartier d’études prioritaires. Je veux donc participer à ce projet afin d’apporter mon expérience. Pousser la jeunesse de tous les milieux, ainsi que les actifs, à se sensibiliser aux failles de notre système éducatif est, je pense, l’idée principale de l’association USEA. Il est temps que chacun de nous se sente investis, nous nous devons de venir en aide au système scolaire, pour marcher main dans la main vers son amélioration. Avoir alors la possibilité d’y contribuer ne se refuse pas.

 

©Sirine

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