Retour sur la pièce Djihad, par Amada

Djihad est une pièce de théâtre retraçant le parcours de trois jeunes bruxellois, Ben, Réda et Ismaël, qui, faisant face à l’oisiveté de leur vie, décident de partir au nom de leur religion en Syrie pour combattre aux côtés des autres djihadistes.

Le long de cette odyssée tragi-comique, les trois compères seront confrontés à de nombreuses tribulations et se retrouveront dans une situation beaucoup moins idyllique que prévue.

La pièce est avant tout tragique, en ce que ce phénomène social touche la nation en son cœur, ses citoyens, qu’ils soient victimes innocentes des balles ou d’une exclusion sociale. En effet, le réalisateur confie réfléchir depuis plus de deux ans aux raisons poussant de jeunes nationaux à commettre de tels actes de barbarie. Si tout part d’un ostracisme social, la pièce met en lumière une pression culturelle et familiale et un racisme ascendant non-dit, voir une victimisation à outrance, hypocrite en somme, lorsque ceux qui disent de pas être tolérés, ne sont pas eux-mêmes tolérants envers les autres. Ainsi se dessine une responsabilité bicéphale : d’une part, entre un Etat, auteur impuni d’exclusions et discriminations sociales et d’autre part, une culture religieuse traditionnelle faisant pression sur la jeune génération dans sa manière de se comporter et de penser tout simplement, à l’instar du jeune Réda qui ne peut se marier avec sa copine occidentale, du fait du refus de sa mère, ou le jeune Ismail qui se voit interdire le dessin, car il serait prohibé par la religion.

Réelle catharsis, les personnages découvriront les raisons qui les ont chacun poussé à partir, mettant en lumière la lente descente aux enfers vécue par chacun, des suites des exclusions sociales et des pressions culturelles aboutissant à ce phénomène de non appartenance des fameuses « Secondes générations ». En effet, la problématique de l’empreinte  identitaire est très importante chez les communautés immigrées.

Le réalisateur précise cependant que tenter de comprendre ne signifie pas justifier, mais au contraire chercher des solutions afin d’endiguer ce phénomène. Car soigner le mal en amont implique une analyse préalable des symptômes avant toute stigmatisation.

Dans la pièce la pression culturelle et religieuse est incarnée par Ben, le fanatique antisémite, poussant Réda et Ismaël à commettre les pires actes, au point de les rendre fous, déchirés entre plusieurs identités.

La pièce est aussi teintée d’humour, car il en faut pour rendre abordable un sujet aussi sensible. Le challenge est relevé haut la main par Ismaël Saïdi. Il ose faire rire des clichés de toutes les religions, en levant le silence sur les tabous de chacun.

Le côté humain de la pièce est incarné par Réda, à travers sa naïveté et son amour innocent et inconditionnel. Il prônera l’amour et le pardon jusqu’à la fin de la pièce, où vêtu de blanc, il tentera de raisonner le tourmenté Ismail « Oublie la haine, ça sert à rien la haine ».

Le réalisateur a fini par nous confier que les trois personnages sont des traits de sa personnalité, de son évolution et insiste sur le fait que si certains cas de fanatisme religieux sont irrémédiables, ce phénomène de terrorisme ne peut être endigué que par l’intégration sociale et culturelle (à Retour sur la double responsabilité).

S’il s’agit d’une auto-critique de la communauté dont fait partie l’auteur, sous l’angle de l’analyse sociologique de l’engagement des jeunes au Djihad, Djihad est avant tout une comédie, car elle fait rire et révèle sur scène nos angoisses les plus profondes, la peur de l’autre et ce qu’elle engendre. Ismail Saïdi prend le parti de faire tomber les murs entre les communautés, et aspire entre rires et larmes, à un meilleur «vivre ensemble».

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