Quels mots pour parler des maux?

« Nous ne sommes pas dans des favelas ». « Choqué », « attristé », « révolté ». Voilà les adjectifs utilisés par les élèves du Collège Jean Jaurès de Pantin à la lecture de l’article du Monde. Que l’attention se porte sur leur collège, « ça c’est bien », mais ils regrettent ces mots : « l’association un stage et après qui aide les élèves défavorisés à trouver des stages ». Certains sont agacés également par le cliché « du chahut » ou du délégué de l’école qui utilise le mot « douillé ». Le dialogue prend le pas sur les premiers coup de gueule et se construit. Les élèves reconnaissent assez rapidement qu’il leur arrive d’être turbulent et de ne pas utiliser les bons mots (comme dans tous les collèges après tout!). L’argument de la classification sociologique du collège pour justifier le mot « défavorisé » est plus mal digéré. Ils comprennent que la proportion de « catégories socioprofessionnelles défavorisées » est élevée (près de 70% au collège Jean Jaurès de Pantin), mais considèrent qu’il faut éviter ce langage qui les stigmatise.

L’association s’est imposée la règle d’un langage valorisant les élèves à l’intérieur comme à l’extérieur de l’association. Nous parlons « d’élèves » et non de « gamins » ou « jeunes ». Nous parlons de quartiers prioritaires ou ZUS selon la terminologie utilisée par l’administration, c’est tout. Les mots stigmatisant l’environnement dans lequel nous agissons ne sont pas utilisés.

L’engagement associatif dans les quartiers a cela de paradoxal : les acteurs mettent en avant des adjectifs valorisant leur mode d’action et leur pratique – tolérance, participation, innovation, flexibilité par exemple. Mais pour décrire les endroits et le public, parler des inégalités et des rapports de pouvoir, le vocabulaire devient effrayant! Si ce discours met en avant celui qui agit aux yeux de ceux qui ne connaissent pas les lieux d’actions, il stigmatise pourtant ces endroits.

Les actions mettent en avant les élèves, les parcours et les réussites de certains, mais pour autant il ne faut pas oublier de parler des inégalités qui sont réelles. Ambivalence donc! D’un côté réduire les inégalités dans le discours en externe, mais toujours les confronter en interne pour mieux les combattre.